Joute commerciale ou jeu médiatique,
le combat juridique qui oppose le champagne à Yves-Saint
Laurent durera autant que durera l'attention du public. Médiatiquement,
il n'y aura pas de perdant. En ce qui concerne la récente
action intentée à Londres contre une limonade au sureau
anglaise qui avait osé – sacrilège – utiliser
la sacro-sainte appellation sur son étiquette, la décision
du juge de débouter le plaignant français a surpris
toute la profession. Nous avons interrogé un Français
(André EVERS directeur du CIVC, Comité Interprofessionnel
du Vin de Champagne) et un Anglais (Nicolas FAITH, journaliste à
The Independent)
Monsieur Evers, pourquoi avez-vous intenté
cette action ?
- Le règlement 823/87 de la Communauté
Européenne interdit d'utiliser des présentations trompeuses.
Il semble que, pour des raisons liées à la mentalité,
la version anglaise du texte soit en décalage. Pourtant,
dans notre argumentation, nous nous sommes prévalus d'une
tradition judiciaire anglais dite du "passing off ', c'est-à-dire
du droit construit sur les jurisprudences successives. En 1960,
l'étiquetage d'un mousseux avait ainsi été
interdit, puisque l'appellation "champagne" ne pouvait
s'appliquer qu'à un vin produit en France. D'autres décisions
ont ensuite confirmé cette jurisprudence. Dans le cas présent,
le juge n'est pas allé au bout du raisonnement, sous prétexte
que le dommage est négligeable. Or, le problème n'est
pas qu'il y ait dommage, mais tromperie ! Nous trouvons en tout
cas scandaleux qu'une entreprise puisse purement et simplement piller
la notoriété et le crédit d'une marque qui
sont le fruit d'un long investissement. Nous subissons bien sûr
la rançon de la gloire, mais de nombreuses professions sont
concernées par ce processus. Par ailleurs, est-il vraiment
sain de donner au public une fausse présentation d'un produit
? On attend sur une étiquette ce qui est censé se
trouver à l`intérieur, et pas autre chose.
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Une
bouteille classique de 75 cl se nomme "champenoise".
Mais connaissez-vous la contenance d'un nabuchodonosor,
d'un balthazar, d'un salmanazar, d'un mathusalem, d'un jéroboam
ou d'un réhoboam ? Réponse
ici !
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Alors, comment interprétez-vous
cette décision?
- Il y a certainement un peu de nationalisme là
dedans ou simplement de la sympathie vis-à-vis du faible
: "Pourquoi embêter un petit producteur local, alors
que les autres sont riches et puissants?". Et puis le juge
a pu se dire qu'il n'y avait pas de dommage immédiat, alors
que le problème, c'est qu'il y a véritable pollution
!

Dites nous, Mister Faith, c'est un nouvel
Azincourt, ce jugement !
- My God, vous les Français, vous êtes
quand même drôles ! Est-ce que les producteurs de Scotch
vont faire un ersatz de leur produit, et le mettre eux-mêmes
sur le marché ? Alors, lorsque les Champenois utilisent leurs
propres marques (Mumm, Deutz, Chandon...) pour produire des vins
champagnisés en Californie, en Australie ou en Argentine,
pour ensuite les vendre à des publics locaux suffisamment
naïfs, comment voulez vous qu'on les croit ? Ils se pillent
eux mêmes leurs marques, et ils se plaignent que les autres
en fassent autant !
En plus, vous pleurnichez au sujet de la décision
de ce juge, alors que, dans son immense fairplay, il voulait rendre
malgré tout hommage aux Champenois. En employant les mêmes
arguments pour le champagne que pour la limonade, il eût en
effet intrinsèquement mis sur le même pied -enfin disons
: sur le même plan - ces deux produits ; une véritable
insulte envers le champagne !
Il a préféré débouter
le plaignant. Heureusement, nous avons encore le sens des classes,
en Angleterre...

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"Lors
de la victoire, je le mérite, mais dans l’adversité,
j’en ai besoin"
(Winston
Churchill - à propos du champagne)
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Organe
Central du Parti
Alcoologiste
Français
(Aile Modérée) - pafmag@pafmag.com
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