
Un vol de nuit nous a ramenés, ma femme et
moi, de Boston. Le temps de régler quelques affaires à
Paris, nous avons pris notre voiture dans l'après-midi pour
nous rendre a Cologne où nous étions attendus le lendemain.
Arrivés à Liège, vu notre état de fatigue,
noces avons décidé d'y passer la nuit. Arès
un rapide dîner, nous nous sommes couchés dans une
chambre confortable du Ramada Inn. Victime du décalage horaire,
je me suis réveillé à 3h du matin, tenaillé
par une soif que l'eau ne pouvait étancher. Le mini-bar était
fermé à clé. J'ai appelé la réception
qui ne répondait pas. Nullement découragé,
j'ai enfilé un mini-kimono pour trouver, dans une tenue plus
ou moins décente, une bière en Belgique.
Personne à la réception.
Finalement, collant mon visage sur une porte vitrée,
miracle, je découvre un bar de rêve! En ouvrant la
porte du paradis, trois messieurs costumés me regardent.
L'un d'entre eux me demande en anglais ce que je désire.
"A beer, please!".
L'homme se lève, se campe devant des étagères
vitrées pleines à craquer, et m'interroge: "Belgian,
English, German...?".
Je choisis une Leffe, l'engloutis et donne mon numéro
de chambre pour la facture.
A ma surprise, l'individu décline toute velléité
de paiement, et m'offre même de choisir une seconde bière.
`°Czech,
Philipines, Japanese...?".
J'accepte une San Miguel de Manille.

Le scénario se renouvelle jusqu'à ce
que, assouvi, je sois enfin en état de communiquer. Ces trois
types, qui viennent donc de m’offrir je ne sais combien de
chopes, sont assis à une table recouverte de nombreux cadavres
exquis.
J'apprends qu’ils sont ici puis 8h du soir.
A 1 h du matin, le barman a fini son service, mais a eu la délicatesse
de ne pas les jeter dehors. Ainsi donc, nous avions ce bar monumental
à notre entière disposition ! J'ai eu peu de scrupules
à téléphoner à mon épouse, lui
proposant de venir à la rescousse pour une mise à
sac de ces rayons si hospitaliers.
A 7h du matin, alors que nous sommes en pleine fête,
riant de bon coeur depuis plusieurs heures, nous discernons des
visages collés à l'extérieur de la fameuse
porte vitrée : ce sont les serveurs qui viennent installer
le petit déjeuner dans une salle voisine.
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"Boire
du bon vin c’est honorer Dieu".
(François
de Salignac de la Mothe, dit Fénelon)
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Un délégué, ahuri devant les
montagnes de bouteilles vides qui recouvrent toutes les tables nous
entourant, vient poliment nous demander s'il peut nous servir le
petit déjeuner.
Sans nous être concertés, nous scandons
immédiatement en choeur: "I-RISH COFFEE, I-RISH COFFEE,
I-RISH-COFFEE...!".
Q. SEK, Dakar
* Nous avons repris la route quelques heures plus
tard en pleine Forme. John, Hans and Tom sont restés des
amis. Ils étaient en réalité en train de négocier
un gros contrat industriel entre l'Australie, la Grande-Bretagne
et la Belgique. Le barman savait donc que les enjeux discutés
par ces bons clients dépassaient largement son comptoir.
Les Belges ont toujours été bons commerçants...
Le commentaire du Dr. Assour BHANIPAL
D’IMPOSSIBLES PRESCRIPTIONS
L'excès est condamnable par la morale, mais est-il tolérable
...par l'organisme ? Il existe tout un tas de correctifs qui peuvent
expliquer cette "pleine forme" du lendemain. Tout d'abord,
la bière n'a évidemment pas une haute teneur en alcool.
Ensuite, l'absorption étalée dans le temps est mieux
supportée. En l'occurrence, le décalage horaire explique
que ce consommateur n'ait pas été gêné
par l'heure incongrue de sa "séance". Enfin, même
s'il est sûr que l'alcool détruit des substances chimiques
dans les synapses, certains mécanismes psychologiques encore
méconnus font qu'une ambiance chaleureuse semble accroître
certaines capacités du corps. C'est d'ailleurs la grande
frustration du corps médical : nous ne pouvons prescrire
le rire !
Organe
Central du Parti
Alcoologiste
Français
(Aile Modérée) - pafmag@pafmag.com
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