Le saviez-vous ? L’Ile-de-France
a été l’un des tout premiers vignobles de
France, au même titre que la Bourgogne ou le Bordelais
: 40.000 hectares !
Dans cet opuscule abondamment illustré,
Gilles Ragache nous raconte l’apogée et l’inexorable
déclin du vignoble francilien. Au banc des accusés
: la surproduction française à l’époque
– y compris en Afrique du Nord –, l’exode
rural, les guerres et, bien sûr, l’urbanisation
tentaculaire. Chanteloup-les-Vignes, renferme aujourd’hui
d’autres ferments.
On découvre que dans les années
1800, des vignobles étaient exploités de Belleville
à Vaugirard, et n’échappaient pas au fisc.
Le canon des Invalides
Le Vin de l’Empereur était élaboré
amoureusement par les Grognards à partir de 1818 dans
l’enceinte des Invalides. Le parc Monceau et Auteuil étaient
plantés de vignes à l’italienne en quinconces.
On élaborait du champagne en Seine-et-Marne, avant que
le département fût séparé de sa région-mère
par les Jacobins en 1790. On en élabore encore, d’ailleurs
(champagne Ernould).
Blaise Cendrars déplorait pour sa part
que le vignoble fût de plus en plus désaffecté
aux alentours de Barbizon.
L’incitation à la modération
n’arrangea pas les choses : dès les années
30, l’Instruction Publique débattait pour savoir
s’il fallait servir du vin à partir de 14 ou de
15 ans. L’intolérance pointait son nez.

Le bouilleur de cru à Bry-sur-Marne
En abolissant le régime des bouilleurs
de cru, Pierre Mendès-France était cuit. Il ne
sera pas réélu. La région parisienne avait
(aussi) levé ses boucliers.
Mais depuis des années 80, la tendance
s’inverse. La récolte du vignoble de Montmartre
fait l’objet de festivités qui dépassent
largement le cadre de la butte – et même de la France.
On peut regretter bien sûr que la parcelle soit exposée
au nord.

Paris 15è
De multiples initiatives communales visent à
reconquérir les terrains industriels pour amener la campagne
à la ville. Le Clos des Morillons provient du square
Georges Brassens dans 15è, du chasselas doré est
produit à La Villette, du pinot meunier aux Buttes-Chaumont,
une douzaine de ceps dans le square de l’Abbaye de Saint
Germain des Prés, et une treille est installée
dans le jardin médiéval de Cluny.
Tout ceci obéit à une directive lancée
par le célèbre Jacques
Melac dès 1980 : chaque balcon parisien se devait
d’avoir une vigne. Aujourd’hui, il récolte
chaque année 20 bouteilles issues des balcons qui auréolent
son bistrot.
Aujourd’hui, l’Ile-de-France produit
40.000 bouteilles par an, ce qui est évidemment insuffisant
et met en lumière la grande dépendance énergétique
de la région.
Les villes de banlieue ont le droit
de cité
Au-delà des multiples anecdotes que raconte
ce livre, on découvre surtout que le tissu francilien
était très dense et que chaque commune avait son
histoire, sa culture, voire son patois. C’est ainsi que
l’acte de presser les grains se nommait « pressorailles
» dans la région du Mans, « persorailles
» aux environs d’Etampes et « percerailles
» dans les Yvelines. Il n’y a pas si longtemps (dans
les années 70), il y avait encore des troglodytes à
Auvers-sur-Oise.
Les bourgades ou les villes qui entourent Paris ne sont pas
forcément des « banlieues », mais ont bel
et bien droit... de cités, fières de leur passé
et inquiètes pour leur futur - bref, tout sauf des dortoirs
ou des repaires de bandits. La reconquête des vignobles
peut évidemment être pris pour un message. La vigne
adoucit les mœurs…
Sylvain HAIBON
Vignobles d’Ile-de-France – Gilles Ragache –
Presses du Village – 25 euros en France métropolitaine.