Chronique intime

Les acteurs sont, par nature et par fonction,
impudiques. Sharon Stone n’hésite pas à
dévoiler son origine du monde sans dessous de table
face à de gigantesques caméras et devant des
dizaines de techniciens, relayant le regard connaisseur de
millions de cinéphiles captivés par le déroulement
d'un scénario bien construit.
Mais, pour l’acteur, l’impudeur sert l’art.
Il s’agit de replacer son intime dans un contexte universel.
C’est ce qu’on appelle le « lyrisme »
: une émotion individuelle universellement partagée.
Espace réservé
Ici, le carnet impudique de Marina Vlady
répond à un autre souci. Le fil rouge de cette
chronique de la mort annoncée du célèbre
Léon Schwartzenberg, son compagnon pendant plus de
vingt ans, est l’ "homme en noir", celui qu’elle
a vu, dans sa jeunesse, s’imbiber de vodka et reprendre
vie au bord de la Mer Noire (justement).
Et franchement, on est gêné
de pénétrer ainsi la plus profonde intimité
du couple, qui, au cours de ces quatre années terminales,
subit les moments dramatiques que l’on devine. Les épisodes
sont vraiment trop personnels pour être « lyriques
».

Une écriture élégante
(photo Biostars)
Certes l’écriture est élégante,
la construction de la chronique – sous le symbole permanent
de l’homme en noir – est claire et le quotidien
de ces deux êtres d’exception est admirable. Mais
le cri que cherche à faire partager l'actrice relègue
le lecteur au rôle inconfortable de voyeur.
Marina Vlady a visiblement eu besoin de coucher
ses souvenirs sur papier pour exorciser sa douleur. Mais avait-elle
besoin de les publier ?
N.B. : à noter l’épisode
amusant où l’octogénaire déclinant
réussit quand même à se faire trahir en
flagrant délit de drague par un répondeur téléphonique
inamical.
Jean-Pierre JUMEZ
Sur la plage, l'homme en noir - Marina Vlady
- Fayard - 12 euros en
France métropolitaine